VII

*français ci-dessous*

Nací en Montevideo, un millón y medio de personas, nunca tuve barrio, me mudé de casa la misma cantidad de veces que años tengo en el pasaporte. Mi adolescencia la viví en Salto, ciento veinte mil personas. Volví a Montevideo, me mudé a París, diez millones de personas. Y de allí a Marsella, poco más de un millón de personas.

Marsella se parece a Montevideo en tamaño y en el hecho de que cuenta con una costa pegada a la ciudad. La elegí por eso y por el sol. Es imposible para mi concebir la vida muy lejos del mar. En Uruguay cada año con el primer baño sentía que la angustia se diluía en él y todo iba mejor.

Pero al cabo de un tiempo comencé a sentir cercana la idea de que un ecosistema sano es imposible en una ciudad y me fuí. Creo que estamos en el acabose de esa poesía nacida de las calles de Boudelaire, de momento una de las pocas curvas que vienen en bajada.

Desde hace seis meses vivo en un pueblito de campaña, cuatro mil ochocientas personas, aquí todo lo viejo se vuelve nuevo ante mis ojos. La cantidad de personas con las que interactúo también. Si bien el mar está más lejos, aprendo a valorar el aire y las montañas, el silencio y el sol. ¿Quiénes somos cuando ya no nos podemos escuchar?

Desde antes del confinamiento aquí ya reinaba el silencio. En diciembre cuando me visitó Gaby quedó muy sorprendida por la falta de ruido y cada tanto contaba el pasaje de los automóviles por la carretera.

– Pasó uno.
– Pasó otro.

A mi me siguen pareciendo demasiados…

Desde mi ventana veo a las personas haciendo cola para desvalijar el supermercado, entran en pequeños números pero ninguno piensa en el que viene atrás. Las fotos de las góndolas vacías, el saqueo de pasta y papel higiénico nos hace merecedores al meteoríto del milenio. Hay quienes salieron a comprar tapabocas a diez euros para revenderlos a trescientos, pero también están los que se juegan las vida en los hospitales, cuidando a las personas mayores, acompañando a los minusválidos y aportando a la solución. Repito, el mundo que conocimos ya no tiene vigencia alguna.

En Montevideo un tipo puso a disposición kits de lavandina, alcohol y guantes. En Buenos Aires Fito Paez dió un concierto desde su casa. La filarmónica de alguna ciudad de Alemania organiza un concierto por día en línea. Hay clases de yoga por skype, abogados que atienden a sus clienes por whatsapp, jams y stand ups en live. Los canales de tv liberan su contenido y las páginas de pornografía igual. En frente a mi casa alguien dejó un cajón de discos y películas y a mi me dieron ganas de volver a ver Tenacious D.

Esta crisis dará la oportunidad de repensar una vida distinta, con menos consumo, con lo más necesario. ¿Una sin dinero? Hay preguntas que llegan tarde, de todas formas los pobres morirán. Muchos de ellos, demasiados. Esta no es la peste democrática esta es la limpieza aporofóbica. Echamos mano a la solidaridad y nos felicitamos pero luego no nos acordamos de luchar por la equidad. Dejamos de creer y las peajes se multiplicaron, hay muros inquebrantables, fronteras donde solo un virus puede pasar.

En las ciudades el aire es otro, alguien respira fuerte en Milán y sus pulmones reciben oxígeno limpio, sorprendidos. Las emisiones de carbono bajaron en más de un treinta por ciento y el canal de Venecia recuperó su color. En los parques nuevos pájaros son los que cantan, las abejas festejan una primavera adelantada, los delfines llegan a las costas. El mundo era de todos, de todas, de nadie, de ninguno hasta hace un tiempo atrás. El tiempo de los mortales es un segundo perdido en la cola de una estrella. Somos el problema y la tierra está hablando. Dicen que el calentamiento global se tiene que conseguir al mismo publicista que el covid19.

Dentro de cada casa se diseña una rutina, yoga, fitness, crossfit, origami, collage, clases de lenguas. Hay un concierto, una cena, un aperitivo en línea. Un amigo lée poemas, otro toca el piano, una guitarra. La jornada se completa, se repleta. Hay recetas para despertarse, comer y dormir. Nadie se atreve a perder el tiempo. De momento estamos bien, la joda va a ser cuando colapse internet y nos tengamos que quedar con nosotros mismos. Ahí nos quiero ver…


Je suis née à Montevideo, un million et demi d’habitants. Je n’ai jamais eu la sensation d’appartenir à un quartier : j’ai déménagé autant de fois que j’ai d’années inscrites sur mon passeport. J’ai passé mon adolescence à Salto, cent vingt mille d’habitants. Je suis retournée à Montevideo, suis partie à Paris, dix millions d’habitants. Et de là à Marseille, un peu moins d’un million d’habitants.

Marseille ressemble à Montevideo, par la taille mais aussi parce que c’est une ville côtière, bordée d’un grand front de mer. Je l’ai choisie pour ça et pour le soleil. Pour moi, c’est impossible d’imaginer la vie loin de la mer. En Uruguay, chaque année, je sentais mon angoisse se diluer dans le premier bain de mer et tout allait mieux.

Mais au bout d’un moment j’ai commencé à ressentir que la ville n’est pas compatible avec un écosystème sain et je suis partie. Je crois que la poésie des rues née sous la plume de Baudelaire touche à sa fin, une des rares courbes en baisse ces derniers temps.

Depuis six mois je vis dans un bourg de campagne de 4800 habitants. Ici tout paraît neuf à mes yeux. Le nombre de personnes avec lesquelles je suis en relation aussi. La mer est loin, c’est vrai, mais j’apprends à apprécier l’air et les montagnes, le silence et le soleil. Qui sommes nous quand nous ne pouvons plus nous écouter nous-même ?

Ici, le silence régnait ici avant même le confinement. Gaby, quand elle m’a rendu visite en décembre a été très surprise par l’absence de bruit, et par moments, elle comptait le passage des voitures sur la route.

– Une voiture
– Une autre

Moi, je trouve qu’il y en a encore trop.

Depuis ma fenêtre je vois les gens faire la queue pour dévaliser le supermarché, il rentrent par petits groupes, mais personne ne pense à celui qui vient derrière. Les photos des gondoles vides, la razzia sur les pâtes et le papier toilette font qu’on mérite bien de se prendre le météorite du siècle sur le crâne. Il y a ceux qui sont sortis acheter des masques à dix euros pour les revendre à trois cent mais il y a aussi ceux qui risquent leur vie dans les hôpitaux à s’occuper des personnes âgées, à accompagner les handicapés et à contribuer à la solution. Je répète : le monde que nous connaissions est déjà périmé.

A Montevideo, un type a mis des kits de javel, alcool et gants à disposition. A Buenos Aires, Fito Paez a donné un concert depuis chez lui. La philharmonie d’une ville allemande organise un concert en ligne tous les jours. Il y a des cours de yoga sur Skype, des avocats qui répondent à leurs clients sur Whatsapp, des jam sessions et du stand up en direct. Les chaînes de télé diffusent librement leurs contenus, et les sites porno aussi. Devant chez moi quelqu’un a laissé sur le trottoir une caisse de disques et de film et ça m’a donné envie de revoir Tenacious D.

Cette crise nous offrira l’opportunité de penser une vie différente, avec moins de consommation, avec l’indispensable. Une vie sans argent ? Il y a des questions qui viennent tard, de toutes façons les pauvres vont mourir. Beaucoup d’entre eux. Trop.
Ce n’est pas la peste démocratique mais le nettoyage aporophobe. Nous avons des gestes de solidarité et nous nous en félicitons, mais après, nous oublions de lutter pour l’égalité. Nous arrêtons d’y croire et les péages se multiplient, il y a des murs inébranlables et des frontières que seul un virus peut franchir.

Dans les villes, l’air a changé, quelqu’un respire profondément à Milan et ses poumons sont surpris de recevoir de l’oxygène pur. Les émissions de CO2 ont baissé de plus de trente pour cent, le canal de Venise a retrouvé sa couleur et des dauphins s’approchent des côtes. Dans les parcs, de nouveaux oiseaux se mettent à chanter, et les abeilles fêtent un printemps précoce. Le monde appartenait à tous et à toutes, à rien ni personne jusqu’à un temps passé. Le temps des mortels n’est qu’une seconde perdue dans la traîne d’une étoile. C’est nous qui sommes le problème et la terre se met à parler. Certains disent que le réchauffement climatique devrait embaucher le même publicitaire que le Covid-19.

Une routine se met en place dans chaque foyer : yoga, fitness, crossfit, origami, collage, cours de langue. Il y a un concert, un dîner, un apéro en ligne. Un ami lit des poèmes, un autre joue du piano, de la guitare. La journée se remplit. Il y a des recettes pour se réveiller, manger et dormir. Personne n’ose perdre du temps.
Jusqu’ici tout va bien. Là où ça va commencer à merder c’est quand internet va s’effondrer et qu’on va devoir se retrouver face à nous même. Alors là, j’aimerais bien nous voir…

Texte : Valentina Viettro
Traduction : Stephanie Bernoux 

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