VI

*français ci-dessous*

A pesar de las instrucciones del gobierno, de las fronteras cerradas y los perros que cuidan las calles los inmigrantes rumanos que arreglan el edificio de en frente no han parado de trabajar. Llegan luego que pasan los fumigadores y se ponen a montar paredes y enderezar ventanas. En estos meses de reclusión los he visto venir hasta los domingos. Parecen resistentes al virus, al menos desde que empezaron la obra no he notado ni una baja. Nunca vi a la policía controlar ese edificio y ellos trabajan como si en estas circunstancias alguien lo fuera a comprar.

Hay uno particularmente guapo que ya lo he pillado más de una vez mirando fijo hacia mi ventana. Antes de que todo esto comenzara lo crucé en la esquina comiendo una crepe y como un animal olí el choque de ese instinto que nos lleva al placer. Si no fuera que estoy loca por Marck ya lo hubiera hecho entrar. Siempre se puede cambiar de opinión, pero nadie quiere arriesgar nada y yo no soy la excepción.

– “Yo lo que no pienso dejar de hacer es de abrazar a la gente”, me dice una amiga por sms. No tengo nada para decirle, entiendo los riesgos pero sospecho que la sequía nos va a disecar antes de que nos contagiemos de nada. De todas formas la posibilidad de un baby boom me da miedo y repugnancia. ¿Quién les va a cuidar los pibes si nos morimos todos?

A las ocho de la mañana me presenté con mi vecino. Nuestras puertas quedan tan cerca que solo tuve que estirar el brazo para golpear la suya. Salió en penumbras, entre asustado y dormido. Le expliqué que había sentido el ruido de la radio y pensé que era momento de presentarnos. A los dos minutos de hablarle entendí que no nos quedaba otra que compartir nuestros microbios, vivimos demasiado cerca como para salir ilesos y hasta lo miré con deseo. Hace seis meses que lo siento a las cinco de la mañana salir de su casa, nunca sé cuando regresa, no lo veo en el bar, no había sentido una charla, la televisión o la música hasta hoy. Me fui sin saber su nombre. Creo que la abstinencia está expandiendo las fronteras de mi apreciación.

A la que vi muy triste fue a la florista, sus ojos caídos, sus redondos cachetes derretidos entre plantas y flores que ya no podrá vender cargaba la angustia de una pintura de Caravaggio. Me dirigió una sonrisa llena de melancolía y yo le devolví una bien sudaméricana repleta de luz. En la calle se saludan todes y yo no soy la excepción.

Desde esta mañana precisamos firmar una declaración jurada que justifique nuestros movimientos. Es extraño porque se trata de un permiso que se da una misma pero que sin eso puede ser detenida o multada en la calle. Como no conozco a ninguna persona en este rincón de la campaña tuve que ir al kiosko a comprar mi copia, quien la paga sale, quien no, se queda encerrado en su casa o donde lo haya encontrado la noche.

Al llegar a la puerta me detuve instintivamente ante las caras enmascaradas, las empleadas con guantes. Solo cinco podíamos entrar. Me hicieron pasar pero mientras esperaba que la mujer pudiera contar los papeles con sus dedos enguantados mi cabeza recorría el espacio de derecha a izquierda hasta que ví en el suelo algo que me atrapó la mirada. El piso estaba marcado metro a metro con cruces blancas y en ellas la palabra “stop”. El lenguaje fiel testimonio del contexto, en su voz se traduce eso que llamamos : realidad.

En esas pocas cuadras que separan a mi casa del kiosko solo vi viejas y viejos, me alejé de ellos lo más posible, crucé la cuadra y me sentí una terrorista mata viejos. No sé cuánto tiempo durará este encierro por las dudas traje treinta copias para asegurarme salidas durante un mes. Al final este virus es el único que ha logrado que dé explicaciones.

La radio se ha vuelto imposible de escuchar, no es que no me interese estar informada. Los informativos matinales se han vuelto revistas que duran horas, la gente llama, la gente ríe de forma decontrolada, la gente está angustiada, la gente llora. La cantidad de datos infundados, la verborragia descontrolada, amplificada y distribuida por los medios nos van a ahogar antes de que la pulmonía nos domine. Apago y me tengo de la mesada, respiro profundo para retomar la vertical y arrancar el mate. El gato chino mueve la mano izquierda y yo le advierto que si levanta la otra lo tiro por la ventana.


En dépit des instructions du gouvernement, des frontières fermées et des chiens qui surveillent les rues, les immigrés roumains qui restaurent le bâtiment d’en face n’ont pas arrêté de travailler. Ils arrivent après le passage des fumigateurs et se mettent à monter des murs et à poser des fenêtres. Pendant ces mois de réclusion je les ai vus venir même le dimanche. Il semble qu’ils résistent au virus, en tous cas depuis qu’ils ont commencé les travaux je n’ai pas remarqué que l’un d’entre eux n’ait manqué à l’appel. Je n’ai jamais vu la police contrôler l’immeuble, et eux travaillent comme si, dans ces circonstances, quelqu’un allait l’acheter.

Il y en a un qui est particulièrement mignon, que j’ai déjà surpris plus d’une fois à regarder fixement vers ma fenêtre. Avant que tout cela ne commence, je l’ai croisé au coin de la rue en train de manger une crêpe et j’ai ressenti le choc de cet instinct animal qui nous mène au plaisir. Si je n’étais pas dingue de Marck, je l’aurais déjà fait entrer chez moi. On peut toujours changer d’avis, mais en général personne n’aime prendre de risques et je ne suis pas une exception.

« Je n’ai pas du tout l’intention d’arrêter d’embrasser les gens » me dit une amie par texto. Je n’ai rien à lui répondre, je comprends les risques mais je crains que la sécheresse ne nous achève bien avant la contagion. En même temps, la perspective d’un baby-boom m’effare et me dégoûte : qui va s’occuper des gamins si on crève tous ?

A huit heures du matin je suis allée me présenter à mon voisin. Nos portes d’entrée sont tellement proches que je n’ai eu qu’à étendre le bras pour frapper à la sienne. Il est sorti dans la pénombre, moitié endormi, moitié effrayé. Je lui ai expliqué que j’avais perçu le bruit de sa radio et pensé que c’était le moment de faire connaissance. Au bout de deux minutes de conversation, j’ai compris que de toutes façons, nous n’avions pas d’autre choix que de partager nos microbes : nous vivons trop près l’un de l’autre pour en sortir indemnes et je l’ai même regardé avec envie. Depuis six mois je l’entends sortir de chez lui à cinq heures du matin mais je ne sais jamais quand il rentre, je ne le vois pas au bistrot, je n’ai jamais entendu une discussion, la télé ou de la musique, jusqu’à aujourd’hui. Je suis partie sans avoir appris son nom. Je crois que l’abstinence étire les frontières de mon appréciation.

J’ai trouvé bien triste la fleuriste avec ses yeux tombants, ses joues rondes affaissées entre les plantes et les fleurs qu’elle ne pourrait plus vendre, elle portait l’angoisse d’un tableau du Caravage. Elle m’adressa un sourire mélancolique, je lui répondis par un autre bien sud-américain, plein de lumière. Dans la rue, tout le monde se salue et je ne suis pas une exception.

Depuis ce matin il faut signer une déclaration sur l’honneur qui justifie nos déplacements. C’est bizarre, parce que c’est une autorisation qu’on se donne à soi-même mais sans laquelle on peut être arrêté et sanctionné dans la rue. Comme je ne connais personne dans ce coin de campagne, j’ai dû aller au tabac pour acheter ma copie. Celui qui paye sort, celui qui ne paye pas ne sort pas, il reste enfermé chez lui, ou bien là où la nuit l’a trouvé.

En arrivant devant la porte, je me suis arrêtée instinctivement face aux visages masqués des employées qui portaient des gants. Nous ne pouvions entrer que par cinq. Ils m’ont fait passer et pendant que j’attendais que la femme compte mes feuilles avec ses doigts gantés, mon regard parcourait l’espace de droite à gauche jusqu’à apercevoir au sol quelque chose qui m’attrapa le regard. Des croix blanches étaient disposées au sol à un mètre l’une de l’autre et marquées du mot « Stop ». Le langage, témoin fidèle du contexte, traduit avec ses mots ce que nous appelons « réalité ».

Sur les quelques centaines de mètres qui séparent ma maison du magasin, je n’ai vu que des vieux et des vieilles. Je m’éloignai d’eux le plus possible, me sentant une terroriste tueuse de vieux. Je ne sais pas combien de temps durera cet enfermement, à tout hasard j’ai pris trente copies de l’autorisation pour assurer mes sorties pendant un mois. Finalement, ce virus est le seul à avoir obtenu que je donne des explications.

C’est devenu impossible d’écouter la radio, pourtant ce n’est pas que je ne veuille pas m’informer. Les informations matinales sont devenues des revues qui durent des heures avec des gens qui appellent, des gens qui rient de façon incontrôlable, des gens angoissés, des gens en larmes. La quantité d’informations inutiles, le verbiage désordonné, amplifié et diffusé par les médias vont nous étouffer avant que la pneumonie de nous atteigne. J’éteins et je m’appuie au bord de la table pour respirer profondément, me remettre bien droite et me préparer le maté.
Le chat chinois agite sa patte gauche et je le préviens que s’il lève l’autre , je le jette par la fenêtre.

Texte : Valentina Viettro
Traduction : Stephanie Bernoux

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